Qu’est-ce que l’Allocation Supplémentaire d’Invalidité (ASI) ?

L’Allocation Supplémentaire d’Invalidité, plus connue sous le sigle ASI, est une prestation sociale qui s’adresse spécifiquement aux personnes en situation d’invalidité disposant de faibles ressources, et dont la pension reste inférieure à un certain seuil. Contrairement à l’ASPA (Allocation de solidarité aux personnes âgées), l'ASI concerne des personnes de moins de 62 ans (âge légal de départ à la retraite), bien que certains retraités puissent en bénéficier sous des conditions particulières. Cette allocation vise à garantir un niveau minimum de ressources aux personnes invalides ayant épuisé certains droits, tout en tenant compte de leur situation familiale et financière.

Il s’agit d’un complément qui vient s’ajouter à une pension d’invalidité, de réversion ou parfois à une retraite anticipée pour invalidité. L’ASI est prévue par la loi (articles L816-1 à L816-6 du Code de la sécurité sociale) et versée par la caisse qui verse la pension principale (comme la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse - CNAV, la MSA, ou la CNRACL).

À qui s’adresse l’ASI : profil des bénéficiaires

L’ASI ne concerne pas tous les retraités. Elle s’adresse à un public spécifique :

  • Les personnes reconnues invalides (titulaires d’une pension d’invalidité du régime général ou agricole, ou d’une pension de réversion versée au titre de l’invalidité).
  • Les bénéficiaires d’une pension de retraite anticipée pour inaptitude au travail ou de façon exceptionnelle, d’une pension de vieillesse de veuf/veuve (article 196).
  • Les retraités n’ayant pas l’âge légal d’ouverture du droit à l’ASPA (c’est-à-dire moins de 62 ans en 2024).

Pour les personnes qui touchent une pension de retraite classique (à partir de 62 ans), l’ASI n’est plus accessible : elles doivent alors se tourner vers l’ASPA.

Quelles sont les conditions à remplir pour obtenir l’ASI ?

L’attribution de l’ASI est soumise à plusieurs conditions cumulatives :

  1. Condition d’âge :
    • L’ASI est destinée aux personnes âgées de moins de 62 ans. À partir de 62 ans, l’ASI s’arrête de manière automatique et peut être remplacée par l’ASPA si les ressources ne dépassent pas les plafonds légaux (Service Public).
  2. Être en situation d’invalidité reconnue :
    • Bénéfice d’une pension d’invalidité (1ère, 2e ou 3e catégorie).
    • Ou être en situation d’inaptitude et recevoir une retraite anticipée pour invalidité.
    • Ou percevoir une pension de réversion d’invalidité après le décès du conjoint.
  3. Résider de façon stable et régulière en France :
    • La résidence doit être en France métropolitaine ou dans certains départements d’outre-mer (hors Mayotte).
    • En cas de séjour à l’étranger supérieur à 6 mois par an, le droit à l’ASI est supprimé.
  4. Ne pas dépasser un plafond annuel de ressources :
    • La ressource prise en compte est celle du foyer (ménage ou personne seule).
    • Le calcul intègre la pension principale, les pensions de réversion, les revenus d’autres sources, plus l'épargne et certains avantages en nature.

Quels sont les plafonds de ressources pour percevoir l’ASI ?

Pour 2024, les plafonds de ressources pour bénéficier de l’ASI sont :

Bénéficiaire Plafond annuel de ressources (2024) Plafond mensuel de ressources (2024)
Personne seule 11 606,72 € 967,23 €
Couple (marié, pacsé ou concubin) 20 209,44 € 1 684,12 €

(Source : CNAV)

Sont prises en compte :

  • Pensions perçues (invalidité, réversion, retraite anticipée pour invalidité…)
  • Revenus fonciers, mobiliers, bénéfices agricoles ou commerciaux
  • Allocations chômage, indemnités journalières de maladie
  • Rentes viagères, pensions alimentaires

Mais sont exclues certaines ressources :

  • Allocations familiales et aides au logement (APL, ALS)
  • Prestations compensatoires du handicap, comme l’AAH

Quel est le montant de l’ASI ?

L’ASI vise à garantir des ressources au plafond mensuel fixé par la loi. Il ne s’agit pas d’un montant forfaitaire, mais d’un complément de ressources. Le montant versé est égal à la différence entre le plafond et le montant de vos revenus mensuels pris en compte.

Par exemple : si une personne vivant seule perçoit 800 € de revenus (pension + autres), le complément d’ASI correspondra à : 967,23 € - 800 € = 167,23 € par mois.

  • Pour une personne seule : l’ASI complète pour atteindre 967,23 € par mois en 2024.
  • Pour un couple : plafond à 1 684,12 € mensuels.
  • Le montant est réévalué chaque année au 1er avril (aligné sur l'évolution des prix et le minimum vieillesse).

Comment faire la demande d’ASI et suivre son dossier ?

La demande d’ASI s’effectue auprès de la caisse qui verse la pension principale. Les formulaires à remplir et pièces justificatives à fournir sont généralement précisés sur le site de la caisse concernée (notamment lassuranceretraite.fr pour la CNAV ou msa.fr pour la MSA).

  • Formulaire à remplir : Cerfa n°11174*03 (peut être téléchargé en ligne ou retiré auprès d’une caisse d’assurance retraite ou d’assurance maladie).
  • Documents à joindre : derniers avis d’imposition, justificatifs de pension(s), relevé d’identité bancaire (RIB), justificatif de domicile, certificat médical d’invalidité le cas échéant.
  • Délai de traitement : entre 1 à 3 mois selon la caisse. L’ASI est versée à terme échu, elle n’est pas imposable, mais peut être sujette à révision chaque année.

Il est important de signaler toute évolution de situation (revenus, état civil, lieu de résidence) pour éviter la suspension ou la récupération d’un trop-perçu.

Quelles particularités pour les couples ?

L’ASI tient compte de la situation matrimoniale du demandeur. Pour les couples (mariés, pacsés, ou vivant en concubinage), les ressources de chaque membre sont additionnées pour comparer au plafond :

  • Pension de retraite, pension d’invalidité, ou revenus du conjoint : tous entrent dans le calcul.
  • Le plafond de 1 684,12 € par mois ne peut pas être fractionné en deux « parts ».

Une règle parfois mal comprise : une personne vivant en couple, même sans être mariée ni pacsée, sera considérée comme “en couple” pour le calcul de l’ASI si elle partage sa vie et son logement, ce qui est parfois contrôlé par les caisses (sur déclaration ou enquête sociale).

Peut-on cumuler l’ASI avec d’autres aides ?

  • L’ASI n’est pas cumulable avec l’ASPA (ex-minimum vieillesse).
  • Elle peut être cumulée avec certaines allocations, comme l’AAH (Allocation Adulte Handicapé), si les plafonds globaux ne sont pas dépassés (handicap.fr).
  • Le cumul avec les aides au logement (APL, ALS) est possible : ces aides ne sont pas prises en compte dans le calcul des ressources pour l’ASI.

Exemples concrets et cas particuliers

  • Catherine, 59 ans, perçoit une pension d’invalidité de 630 € et 200 € de revenus fonciers. En 2024, ses ressources sont donc de 830 € mensuels. Elle peut demander l’ASI et recevrait alors 967,23 € - 830 € = 137,23 € supplémentaires, sous réserve de ne pas dépasser le plafond annuel.
  • Michel, 61 ans touchait l’ASI en tant qu’invalide. À 62 ans, il bascule d’office à l’ASPA s’il ne dispose pas d’autres ressources et si sa demande est validée, l’ASI s’arrête. En cas de dépassement du plafond d’ASPA, aucune allocation n’est versée.
  • Jacques et Claire, en concubinage : Jacques est en invalidité, Claire travaille à temps partiel (revenus : 700 € par mois). Leurs ressources sont additionnées, soit pension + 700 €, à comparer au plafond couple (1 684,12 €). Si le total est inférieur, le complément est versé à Jacques.

Points d’attention et droits à faire valoir

  • La demande d’ASI peut être rétroactive dans une certaine limite : on peut remonter jusqu’à 12 mois avant la date de dépôt si les droits étaient ouverts (CLEISS).
  • L’ASI peut être récupérée sur la succession uniquement si l’actif net est supérieur à 39 000 € pour une personne seule ou 78 000 € pour un couple, ce qui est très rare (La Retraite en Clair).
  • Un refus d’ASI peut être contesté auprès de la commission de recours amiable de la caisse concernée, en joignant tous les justificatifs nécessaires.

Conseil : Il ne faut pas hésiter à se faire aider par un travailleur social, une assistante sociale du département/mutualité ou une association (UDAF, France Assos Santé, etc.) pour constituer son dossier d’ASI. L’accompagnement simplifie la démarche, aide à rassembler les pièces requises et limite les risques d’erreur ou d’oubli.

À retenir pour les futurs demandeurs

L’ASI est souvent méconnue, et pourtant, elle garantit un niveau de vie minimal aux retraités précoces ou invalides n’ayant pas atteint l’âge de l’ASPA. Il est important de vérifier régulièrement l’évolution des plafonds, car même de faibles changements de ressources peuvent ouvrir ou fermer le droit. Les démarches restent administratives mais accessibles, et un refus peut parfois être lié à un simple manque de justificatif ou à une mauvaise déclaration. Enfin, pour sécuriser son dossier et défendre ses droits, il ne faut pas hésiter à solliciter les services sociaux locaux, disponibles dans chaque commune ou auprès des caisses de retraite.

Pour aller plus loin :