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La mémoire des séniors


Sommaire :

1/ Voyage au cœur de la mémoire
2/ La gymnastique du cerveau
3/ 5 petites expériences pour comprendre votre cerveau

1/ Voyage au cœur de la mémoire

Tout le monde a déjà eu sa "madeleine de Proust". Réveillé par une odeur ou un goût, un souvenir ancien, d'une précision remarquable, rejaillit des profondeurs du cerveau. Facétieuse mémoire, dont les mécanismes sont de mieux en mieux décryptés par la science. Les scientifiques en distinguent plusieurs types.

Vous avez toujours voulu améliorer votre mémoire ? Commencez par retenir qu'il n'existe pas une mais plusieurs mémoires. Les scientifiques font ainsi la distinction entre mémoire à court terme, mémoire de travail et mémoire à long terme.

Mémoire instantanée

La mémoire de travail, comme son nom l'indique, est un système de stockage temporaire nécessaire dans l'élaboration de certaines tâches. C'est celle qui intervient quand on referme l'annuaire et qu'on compose de tête le numéro de téléphone entrevu quelques secondes avant. A peine la dernière touche du combiné effleurée, impossible de se remémorer le numéro. La mémoire à court terme permet d'enregistrer des informations limitées pendant un laps de temps à peine plus long : moins d'une minute.

Mémoire d'éléphant à long terme

Les souvenirs plus anciens, eux (de plus d'une minute en arrière à la petite enfance), dépendent de la mémoire à long terme. Au sein de cette dernière, distinguons la mémoire implicite, liée à l'apprentissage (celle qui vous permet de tenir sur votre vélo ou de conduire votre voiture sans faire appel à des mécanismes conscients) de la mémoire explicite, qui conserve les souvenirs proprement dits. Les souvenirs relevant de notre expérience personnelle (les dernières vacances à la mer par exemple) font partie de la mémoire épisodique, ceux touchant aux connaissances générales (la terre est ronde) de la mémoire sémantique.

Genèse d'un souvenir

Mais comment sont stockées dans le cerveau toutes ces informations, et par quels mécanismes peut-on les restituer sous forme de souvenirs ? Grâce à l'établissement de réseaux de neurones à travers tout le cerveau. Prenons l'exemple de ce tableau qui vous a tant plu, dans ce musée, avec cette dame trop parfumée qui était devant vous. Le tableau a été capté point par point par les neurones de la rétine et de l'oeil. Son image est "acheminée" sous forme d'influx nerveux jusqu'à la zone visuelle du cerveau, qui reconstruit l'image d'ensemble. Ces influx ont ensuite été dirigés vers une autre zone : l'hippocampe. Celui-ci se comporté en gardien et décide d'accepter ou non l'information pour la faire passer dans la mémoire à long terme. Si les informations s'étaient arrêtées à l'hippocampe, l'image du tableau n'aurait fait partie que de la mémoire à court terme, et aurait été oubliée dans la minute.

Un souvenir : des connexions entre neurones renforcées

C'est une autre partie du cerveau, le télencéphale, qui se charge de l'enregistrement dans la mémoire à long terme. Sa particularité est d'avoir des centaines de milliers de neurones qui partent vers toutes les zones sensorielles du cerveau. Le télencéphale envoie influx nerveux représentant l'image du tableau à la zone visuelle. L'image est donc revenue à la zone d'où elle était partie. Elle y est stockée durablement, point par point, sous la forme de milliers de connexions renforcées entre neurones.
Même chose pour les odeurs, sauf que le stockage a lieu cette fois dans la zone olfactive du cerveau.

Ainsi, un souvenir fait souvent appel à plusieurs régions du cerveau. Et le faire ressortir (consciemment ou inconsciemment) consiste à réactiver les différents réseaux de neurones qui se sont établis lors de la "mise en mémoire". Ces derniers sont étroitement liés, car le même parfum que celui de la dame du musée, ressenti des années plus tard, vous évoquera toujours ce tableau qui vous avait tant plu. Comme Proust avec sa madeleine.

 

2/ La gymnastique du cerveau

Trou de mémoire, baisse des performances intellectuelles, oublis fréquents... Plus on avance en âge, plus ces étourderies inquiètent. Pourtant, le cerveau ne s'use que si l'on ne s'en sert pas.

Il est vrai que depuis la naissance nous perdons des neurones qui disparaissent sans être remplacés, contrairement aux autres cellules. Mais pas de panique ! Le cerveau compte au début de la vie des dizaines de milliards de neurones. Même en perdant chaque jour 100 000 cellules nerveuses, il en reste assez pour vivre autonome cérébralement jusqu'à 120 ans. De plus, notre cerveau se modifie en permanence. Quand des réseaux tombent en panne ou meurent, d'autres se reconstituent.

Les facteurs de l'oubli

Néanmoins, devant des troubles de la mémoire sérieux, un examen médical général effectué par un gérontologue ou un neurologue spécialisé est toujours nécessaire. Certains facteurs peuvent aggraver les oublis ou les trous de mémoire. Ainsi le surmenage, l'anxiété, la déprime, de nombreux médicaments (certains somnifères, tranquillisants, antidépresseur, les bêta-bloquants, les anti-histaminiques...), les variations hormonales, les déficits en vitamines, l'hypertension artérielle sont nuisibles à la mémoire. La lutte contre sa dégradation avec l'âge passe aussi par la lutte contre la dégradation de l'irrigation du cerveau. Celle-ci est essentiellement liée à l'artériosclérose. Un isolement profond, comme celui que peut imposer une surdité importante, risque aussi de hâter un déficit cérébral.

Réveillez vos neurones

En fait, dans la plupart des cas, une baisse des performances intellectuelles révèle simplement que le cerveau n'est pas assez sollicité ! Le cerveau s'entretient. Des activités monotones, des occupations routinières mobilisent toujours les mêmes régions cérébrales, résultat : les autres s'endorment.

Attention à la période charnière de la vie qu'est la retraite. Les troubles de la mémoire y sont plus fréquents à cause du simple arrêt de la stimulation des fonctions cérébrales par le travail. En effet, la stimulation intellectuelle contribue à préserver les capacités de réflexion et la mémoire. A vous de faire travailler vos neurones. Jouez au scrabble, à la belote, aux dames, aux échecs, au bridge ou à tous autres jeux de logique ou de stratégie.

La mémoire se travaille à chaque instant de la vie quotidienne. Par exemple, apprenez par cœur les numéros de téléphone que vous utilisez ou ne consultez votre pense bête qu'après avoir fait l'effort de vous remémorer mentalement l'information. La mémoire s'entretient aussi en racontant ses souvenirs ou en révisant un poème ou une chanson.

Des méthodes existent pour activer la mémoire à partir de techniques de stimulation du cerveau. Il existe des stages d'activation à la mémoire. Au programme : stimulation des neurones, apprentissage de technique de mémorisation et émulation. Enfin, n'oubliez pas, plus le cerveau travaille, mieux il travaille. La gymnastique des neurones est aussi profitable que celle du corps.

 

3/ 5 petites expériences pour comprendre votre cerveau

Non la psychologie ne traite pas uniquement de grandes théories de l'inconscient. Elle permet aussi de percer les secrets de notre cerveau. Pourquoi faire du vélo ne s'oublie jamais ? Combien de termes de vocabulaire connaissons-nous ? Pourquoi avons-nous des mots sur le bout de la langue ? Quelle est l'influence des images subliminales ? De quand datent nos premiers souvenirs ?

Dans son livre, 100 petites expériences de psychologie pour comprendre votre cerveau, Alain Lieury dévoile de nombreux secrets de notre intellect et de nos capacités cérébrales. Voici quelques morceaux choisis.

Pourquoi faire du vélo, ça ne s’oublie pas ?

Tout le monde le sait, quand on sait faire du vélo, c'est pour la vie. En fait, c'est la mémoire de tous les apprentissages "sensorimoteurs" qui est tenace : faire du vélo, nager, conduire. car ce n'est pas du tout le même système cérébral que celui qui s'occupe des souvenirs en image ou en sons. On l'appelle la mémoire procédurale. C'est notamment le cervelet qui va retenir ces automatismes. Pour Alain Lieury, "cette mémoire est très solide, car elle nécessite des milliers de répétitions pour se construire, ce qui va graver les gestes. Mais le manque d'entraînement est responsable à long terme d'une baisse des performances (comme pour le piano par exemple)".

Combien de mots de vocabulaire connaissons-nous ?

Lorsque l'on voit l'épaisseur des dictionnaires, on se dit qu'on n'a pas fini d'apprendre la langue française. Le Larousse en contient ainsi près de 80 000 (50 000 noms communs, 30 000 noms propres). "Les enfants connaissent 9 000 mots en moyenne à la fin du primaire, souligne Alain Lieury. On arrive à 26 000 mots en fin de troisième. Et on continue d'apprendre au Lycée et dans les études supérieures. Un adulte cultivé doit tourner autour de 30 000 à 50 000 mots de vocabulaire.". Mais il faut souligner qu'entre ce que l'on connaît et ce qu'on utilise, il y a un pas : une étude strasbourgeoise a montré que le vocabulaire utilisé de manière courante atteignait à peine 8 000 mots en moyenne !

Pourquoi avons-nous des mots sur le bout de la langue ?
’avoir un mot sur le bout de la langue, cette sensation qu’il est tout proche, mais qu’il nous échappe. La cause tient au fait que notre mémoire des mots est séparée en deux compartiments :

  • La mémoire lexicale, qui est un glossaire des mots que nous connaissons, avec leur écriture et leur prononciation phonétique mais sans le sens ;
  • La mémoire sémantique, qui contient la signification des termes.


Bien sûr les deux sont reliées : à un mot de la mémoire lexicale correspondent une ou plusieurs définitions de la mémoire sémantique. "Or chez la plupart des gens, la mémoire sémantique est plus efficace, c’est celle qui revient le plus facilement" souligne Alain Lieury. Parfois, notre cerveau retrouve ainsi la signification du mot que nous cherchons dans la mémoire sémantique sans trouver le mot lui-même dans la mémoire lexicale : l’idée est là, mais pas son "enveloppe", donc impossible de le dire ! Alain Lieury conseille une méthode face au trou de mémoire : "Passez en revue mentalement toutes les lettres de l’alphabet, le mot devrait revenir à la bonne lettre".

Est-ce qu’on peut subir les images subliminales ?

Est-ce que des images insérées dans des publicités peuvent tout à coup nous donner des envies irrépressibles ? La légende veut que ces images, insérées dans un film projeté au cinéma, ont provoqué une hausse des ventes de boisson gazeuse et de pop-corn… "Mais c’était en réalité une vaste supercherie !" souligne Alain Lieury. En détail, un film a 24 images par secondes (25 à la télévision), soit en gros 40 millisecondes (ms) par image. Or pour toutes les images d’une durée inférieure à 100 ms, il se produit dans notre système visuel un phénomène appelé masquage : notre cerveau fusionne les images, une image isolée est donc effacée par les autres ou la succession des autres qui sont similaires. De plus, si on met un texte "Votez trucmuche", il faut environ 250 ms pour que le cerveau lise un seul mot… impossible pour notre intellect de déchiffrer une phrase en 40 ms !

De quand datent nos premiers souvenirs ?

Incroyable comme certains autour de nous prétendent avoir des souvenirs de la crèche, alors que d’autres ont tout oublié de la maternelle et ont une mémoire à partir du CP… Dans la réalité, la majorité des gens commencent à avoir des souvenirs entre trois et quatre ans. La raison tiendrait en partie au développement de la mémoire et surtout à l’acquisition progressive du langage : cela permet de mettre des mots sur les souvenirs, préalable indispensable pour mémoriser. "Avant de savoir parler, les enfants ont effectivement une mémoire sensorielle, mais celle-ci est très fragile. Si on n’a pas les mots pour la reconstruire, pour contextualiser, ça disparaît" souligne Alain Lieury.

Source : "Guide encyclopédique de la forme et du bien être" sous la direction de Patricia Attigui et du Docteur Christophe de Jaeger, aux éditions du Seuil.