<< Retour aux dossiers thématiques
Les maisons de retraite et la maltraitance des personnes âgées
La maltraitance : définition
Le conseil de l'Europe donne une définition de la maltraitance dès 1990 :
« Tout acte ou omission commis dans le cadre de la famille par un de ses membres, lequel porte atteinte à la vie, à l'intégrité corporelle ou psychique, ou à la liberté d'un autre membre de la famille ou qui compromet gravement le développement de sa personnalité et/ou nuit à sa sécurité financière ». Selon ALMA France, il convient d'ajouter aux violences physiques et psychiques, les négligences actives (privation des aides indispensables à la vie quotidienne : manger, s'habiller, se lever, aller aux toilettes, recevoir des visites…) et passives (oubli, abandon…) qui constituent de la maltraitance par omission.
La maltraitance reste malgré tout assez floue à définir.
Il est question à la fois de faits graves, pour lesquels la justice est à interpeller, comme des dysfonctionnements dans la connaissance et l'application des "bonnes pratiques professionnelles" : nutrition, incontinence, contention... Mais il est aussi question de l'éthique individuelle, propre à chacun d'entre nous, face à une personne âgée, un parent en difficulté, devenant fatiguant à la suite de sa lourdeur de prise en charge, suite à la maladie qui le mine chaque jour...
Le respect de leur dignité reste le meilleur rempart.
Les professionnels acceptent aujourd'hui d'aborder la maltraitance et de l'intégrer dans leurs analyses de fonctionnements internes.
La maltraitance : protection et vigilance
Depuis 2004, l'État français a décidé d'être plus sensible et plus vigilant à l'égard de la maltraitance des personnes âgées et a décide de créer un « Comité de Lutte et de Vigilance contre la Maltraitance».
Il y a encore peu de temps, parler de la maltraitance était un tabou.
Depuis 2004, et suite à diverses plaintes des familles, ce tabou de la maltraitance des personnes âgées commence à être levé dans la société française.
Les familles ayant toujours la crainte de se voir récupérer chez elles les personnes âgées atteintes de différentes pathologies suite à des plaintes de leurs aînés ont préféré se taire.
Parallèlement, l'association ALMA France, collecte toutes les informations, et permet d'évaluer clairement le phénomène.
Les premières antennes téléphoniques ALMA ont été créées en 1995, et le territoire français se couvre petit à petit pour suivre les cas signalés.
Le comité de lutte et de vigilance contre la maltraitance du secrétariat d'État aux personnes âgées souhaite prévenir, lutter, suivre et évaluer ces faits.
En mars 2004, il y a eu une première expérimentation sur 5 départements avec un numéro d'appel unique et une brochure d'information.
En juin 2004, un premier bilan du comité de vigilance a été dressé et des premières actions ont été entreprises.
En mars 2005 : Lancement d'un DVD, d'une pièce de théâtre qui met en scène différents accès à la maltraitance, aux négligences, aux abus.
En juin 2005 : les outils de sensibilisation (chiffres, acteurs, comment signaler?, les suites possibles...) sont mis en ligne sur le site www.personnes-agees.gouv.fr, rubrique "maltraitance".
En octobre 2005 : un numéro d'appel national pour ALMA : 08 92 68 01 18 - 0,34€ la minute.
En février 2006 : Sortie d'un livret "Ensemble contre la maltraitance». Prix spécial du jury des initiatives de la bien-traitance de la Ville de Paris.
Ce livret est le fruit d'un long travail qui continue d'évoluer, réalisé par les équipes de la Résidence santé Cousin de Méricourt et la résidence services l'Aqueduc.
La maltraitance liée à la personne âgée
La maltraitance prend parfois son origine dans :
- Le degré de dépendance physique ou psychique,
- L'état démentiel,
- La situation financière,
- L'isolement social,
- La maltraitance liée au milieu d'accueil,
- L'alcoolisme,
- La toxicomanie,
- Les problèmes financiers,
- Les fragilités psychologiques ou encore antécédentes de violence familiale…
La maltraitance en établissement
Les dysfonctionnements internes en terme d'organisation, et de taux d'encadrement seraient à l'origine de ces dérapages.
Remédier à ces dérèglements institutionnels aurait un effet préventif certain.
Parfois des problèmes personnels peuvent inciter, à domicile comme en structure d'accueil, à des comportements mal traitants.
Une trop grande fatigue du personnel encadrant ou soignant, et un comportement énervant répété de la personne âgée peuvent suffire pour que des actes de maltraitances soient découverts à l'encontre des personnes âgées.
La vigilance et la parole échangée avec d'autres (professionnels, écoutants, ALMA...) sur les pratiques quotidiennes sont absolument nécessaires.
Mais écoute et échange ne sont pas toujours suffisants quand les moyens manquent.
L'absence de moyens engendre en effet des comportements que l'on peut regrouper sous quelques titres génériques comme "maltraitance des institutions", "maltraitance budgétaire ".
La maltraitance est aussi "mal traitée" au plan médiatique : confusion des termes, amalgames...
Il en va d'une vigilance de chacun des acteurs :
-
Personnes âgées
- Soignants
- Familles
- Institutions
- Personnel des lieux d'accueil
- Aidants…
Pour faire évoluer son regard, ses pratiques, son éthique.
ALMA France est historiquement la structure qui a concrètement levé le tabou de la maltraitance des plus âgés et mis en œuvre un espace d'écoute téléphonique.
Dépister la maltraitance
Il est toujours délicat de chercher à vérifier des soupçons concernant un agresseur potentiel. Cependant, si l'on ne fait rien, plusieurs personnes âgées continueront de subir en silence leur sort intolérable.
Il est de notre devoir de faire cesser la violence envers les aînés.
Pour cela, il faut agir. Vous pouvez par exemple répondre au questionnaire érigé par le réseau RIFVEL qui a mis en œuvre un test, pour tenter de comprendre, d'analyser un cas, un soupçon…
Source : RIFVEL Canada.
Plusieurs critères permettent d'évaluer les risques qu'une personne âgée soit victime d'abus ou de négligence. Ils comprennent: le profil de la victime potentiel, le profil de la personne à risque, le comportement de la victime potentiel, et le comportement de la personne à risque.
Rappelez-vous que l'immense majorité des individus qui prennent soin d'une personne âgée le font avec dévouement et beaucoup de générosité.
Maltraitance en maison de retraite
En maison de retraite, une enquête administrative est réalisée dans la majorité des cas quand un soupçon de maltraitance grave surgit.
Dans les cas de passages à l'acte individuels et isolés, les DDASS (Directions Départementale de l'Action Sociale) considèrent qu'ils sont indépendants de dysfonctionnements structurels d'établissements.
Une enquête administrative est alors rarement menée.
L'éloignement provisoire ou définitif de l'agresseur est la mesure la plus souvent prise (61%) selon les statistiques du Bureau de la Protection des Personnes (BPP), à la Direction Générale de l'Action Sociale (DGAS).
Cette mesure est suivie d'injonctions ou de préconisations qui s'adressent aux responsables des structures.
L'éloignement provisoire ou définitif de la victime (2,5%) et la fermeture provisoire ou définitive de l'établissement (1%) sont des mesures assez rares.
En revanche, la saisine du procureur est très fréquente : 91%.
Les procédures judiciaires sont :
- Le classement sans suite
- L'enquête préliminaire
- Le non lieu
- La mise en examen
- L'incarcération
Fait récent de maltraitance à l'hôpital
Un malade Alzheimer ligoté bras et jambes une nuit entière avec des bandes Velpeau dont tout le monde connaît l'élasticité!
Les liens resserrés régulièrement ont provoqué un œdème des mains et des pieds, des brûlures importantes, cloques et chairs à nu aux poignets.
Sans compter, bien sûr, la détresse morale de ce malade perdu, laissé sans surveillance, ne comprenant pas pourquoi on le traitait comme ça, criant toute la nuit de douleur et de peur.
Ce fait est très loin d'être isolé.
La moins "méchante" des maltraitances étant de laisser ces malades totalement nus, bras et jambes attachés en croix.
Les familles les découvrent ainsi le matin en arrivant dans le service où ils ont été dirigés, après leur passage aux urgences.
L'absence de formation des services de spécialité des hôpitaux à la prise en charge de ces malades de plus en plus nombreux, a des conséquences dramatiques, ainsi que le poids de la routine... mais le simple bon sens fait aussi cruellement défaut.
De nombreux malades Alzheimer ou apparentés souffrent par exemple, dans ces services, de déshydratation, sans qu'il soit nécessaire qu'il y ait eu canicule !
Le personnel dépose une carafe d'eau sur la table de nuit, change l'eau comme la routine le veut… sans remarquer que le niveau d'eau n'a pas baissé d'un centimètre.
Ces malades sont incapables de penser à boire pour de nombreuses raisons, mais d'abord parce que la carafe n'est pas sous leurs yeux !
Le même problème se produit avec le plateau repas et ils ne mangent pas car personne n'a pensé à leur ouvrir les plats et à mettre la fourchette ou la cuillère dans la main.
On pourrait malheureusement multiplier ainsi les exemples.
Si ces malades n'ont pas la chance d'avoir une famille qui vient chaque jour, l'inadaptation de l'hôpital à leurs besoins essentiels est une maltraitance aux conséquences très lourdes.
L'INAVEM est l'Institut National d'Aide aux Victimes et de Médiation, qui recense les actes de maltraitance subies par les personnes âgées. Il compte parmi les acteurs importants concernant la lutte contre la maltraitance des personnes âgées.
Cet institut prend aussi en charge toutes les victimes d'agressions.
La maltraitance c'est aussi être victime :
- D'une agression
- D'un vol
- D'un cambriolage
- De violences physiques
- De violences sexuelles
- D'accident de la circulation
- D'autres infractions, tels les insultes, les injures etc.
Éviter la maltraitance
Le tabou de la maltraitance des personnes âgées commence à peine à être levé en France.
Le gouvernement veut doubler en 2007, les moyens alloués à la prévention de la maltraitance et à la formation.
L'association ALMA France est le réseau principal d'écoute et de conseils.
Ses antennes téléphoniques devraient couvrir tout le territoire.
Les articles de ce dossier reviennent sur ce terme encore flou et fourre-tout de "maltraitance".
Elle peut aller de la négligence aux violences physiques et psychologiques réprimées par la loi.
La bien-traitance est un mot qui s'impose dans l'accompagnement des personnes fragiles.
Elle implique une réflexion éthique, individuelle et collective sur le sens de la vie pendant la vieillesse, quel que soit l'état de santé, de fragilité.
Charles Decock, 29/04/2011
Source : ALMA France

|