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Toute la vérité sur la DHEA
Après les Etats-Unis, la DHEA débarque dans nos pharmacies. Alors
que de nombreuses études sont en cours pour prouver ses propriétés, la
"pilule-miracle" déchaîne les passions. Quels sont les derniers
épisodes de la rocambolesque arrivée de la "pilule de jouvence" en
France ? Revenons sur ce véritable phénomène de société. Propriétés,
disponibilité, risques. Savoir faire la part du rêve et de la réalité.
Les origines d'un phénomène :
Comment en quelques années, la
DHEA a-t-elle pu sortir du simple cadre scientifique et devenir un
composé-star ? Cette hormone naturellement produite par l’organisme
diminue fortement avec l’âge, d’où l’idée de rétablir le "niveau
optimal" via une supplémentation. Mais alors que de nombreuses études
sont encore en cours pour prouver ses vertus, la DHEA brûle les étapes
au point d’embarrasser les législateurs. Premiers pas d’un véritable
phénomène de société...
DHEA : ces quatre lettres désignent la déhydroépiandrostérone, une
hormone naturellement produite par l’organisme. Ce composé est un
dérivé du cholestérol : un stéroïde. Il est principalement
synthétisé sur sa forme de sulfate : "DHEAS" par les glandes surrénales.
Une diminution irréversible avec l’âge
La DHEA est présente chez le foetus puis devient négligeable pendant la
petite enfance. Elle augmente à l’âge de sept ans environ et culmine
entre 20 et 30 ans. Ensuite, sa concentration décroît progressivement
pour ne plus représenter qu’un tiers de son maximum. Les femmes en
produisent entre 20 et 30 % de moins que les hommes.

Concentration de DHEA dans le sang en fonction de l’âge
Source : J Clin Endocrinol Metab 1984 Sep;59(3):551-5
Cette diminution irréversible avec l’âge a incité les scientifiques à
tenter un remplacement ou une substitution sur le modèle des
traitements hormonaux substitutifs à base d’estrogènes aujourd’hui
prescrits aux femmes ménopausées.
Mais avant d’en faire une pilule miracle, les scientifiques devaient
prouver qu’une diminution de cette hormone était responsable d’une
altération de certaines fonctions de l’organisme avec l’âge et qu’un
retour à un niveau de DHEA optimal pouvait avoir un effet bénéfique en
renversant cette tendance. Le taux de DHEA dans le sang devant
permettre d’établir la supplémentation nécessaire.
Pourquoi un tel engouement ?
Bien qu’isolée dans les urines humaines au début des années 30 par
Adolf Butenandt, ce n’est qu’à la fin des années 1950 que l’on put
identifier son origine : les glandes surrénales.
Dans les années 1970, la supplémentation en DHEA sur l’animal a fait
l’objet de nombreuses recherches : effet sur le vieillissement,
protection vis-à-vis de certains cancers, des maladies à virus,
l'athérosclérose, traitement de certaines obésités d'origine génétique,
etc... Alors que la Food and Drug Administration interdisait la vente
de DHEA en 1984 au regard des risques de toxicité hépatique, la loi
américaine était contournée dix ans plus tard et "l’hormone miracle" se
retrouvait à nouveau sur le marché américain sous le label de
complément nutritionnel.
Mais c’est certainement la vaste étude1 publiée par le Pr.
Etienne-Emile Baulieu en avril 2000 qui fut à l’origine de tous les
espoirs. Bien que ne créant pas de véritables supermen ou superwomen,
la supplémentation de 50 mg a permis aux femmes les plus âgées (entre
70 et 79 ans) de voir une amélioration de leur densité osseuse et de
leur libido. Enfin, hommes et femmes ont vu leur peau bénéficier d’une
certaine régénérescence (production des glandes sébacées, hydratation,
lutte contre une pigmentation anormale et réduction de l’atrophie de
l’épiderme) et l’aspect de leur visage s’améliorer. Néanmoins, d’autres
études seront nécessaires pour confirmer ces résultats.
Prêts à tout pour obtenir de la DHEA ?
Bien que le Pr. Baulieu rappelle qu’une prise intempestive de DHEA peut
se révéler dangereuse, nombreux sont ceux qui ont franchi le pas et
s’approvisionnent aux Etats-Unis ou via Internet. Tapez "DHEA" sur un
moteur de recherche et vous trouverez plus de 50 000 sites vous
proposant des informations ou plus souvent la possibilité d’acheter la
pilule miracle. Bien entendu, aucune garantie n’est donnée quant à la
composition des gélules...
Dans un sondage effectué le 13 avril sur Doctissimo, une courte
majorité s’avouait prête à "braver les interdits pour se procurer de la
DHEA" (281 contre 246).
L’impatience des Français vient d’être écourtée par l’annonce de la
firme Cooper (Coopération Pharmaceutique Française), qui depuis le mois
de juin fournit la DHEA aux pharmacies pour des préparations
magistrales. En garantissant sa qualité, Cooper lève ainsi le principal
frein à la délivrance en officine de cette hormone supposée lutter
contre le vieillissement. Alors interdite ou en vente libre ? Ni l’un
ni l’autre, la situation de la DHEA est bien singulière... Mais
n’espérez pas acheter dès demain votre DHEA en vente libre, les
pharmaciens ne pourront en fabriquer que sur prescription d’un médecin.
Dernier épisode de ce statut rocambolesque, le 10 juillet l’Agence
Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) émet un
avis selon lequel : "Au vu de l’analyse du groupe d’experts, l’Afssaps
considère que l’utilisation de la DHEA doit être assujettie à la
réglementation du médicament et qu’une information des professionnels
de santé et du public doit être faite". Le même jour, le ministre
délégué à la Santé, Bernard Kouchner annoncait devant la presse avoir
proposé le classement comme médicament de la DHEA.
La DHEA en 10 questions
Après les Etats-Unis, c'est
en France que souffle désormais un vent de folie autour de la DHEA. Les
nouveaux adeptes de cette "pilule de Jouvence" semblent rester
indifférents aux recommandations et conseils de prudence des autorités
sanitaires. On aura tout entendu et son contraire sur cette "hormone de
jouvence"... Pour distinguer le vrai du faux, Doctissimo répond à vos
questions.
1 - Quels sont les principaux effets bénéfiques d'un traitement à base de DHEA ?
Hormone naturellement produite par l'organisme, la DHEA ou
déhydroépiandrostérone atteint son point culminant entre 20 et 30 ans
avant de décroître avec l'âge. D'où l'idée séduisante de compenser
cette baisse physiologique inexorable et de lutter ainsi contre le
vieillissement.
Différentes études ont permis de démontrer des effets bénéfiques sur la
mémoire, la densité osseuse, la masse musculaire, dépression... chez
l'animal. A ce jour, les vertus tant vantées de la DHEA sont hâtivement
extrapolées de résultats obtenus chez le rat. La plupart des études
menées chez l'homme concernent un effectif trop restreint ou une trop
courte période pour qu'on puisse en tirer de véritables conclusions.
La plus solide des études fut conduite par le Pr. Baulieu1. Elle est la
seule de grande envergure à avoir comparé les effets d'une
administration de 50 mg/jour de DHEA versus placebo sur 280 sujets de
60 à 79 ans.
Les conclusions de cette étude mettent en évidence trois principaux bénéfices limités aux femmes de plus de 70 ans :
• Diminution de la fragilité osseuse ;
• Amélioration de la peau (production des glandes
sébacées, hydratation, lutte contre une pigmentation anormale et
réduction de l'atrophie de l'épiderme) et de l'aspect du visage ;
• Amélioration de la libido.
Dans son rapport rendu le 3 juillet 20012, l'Agence Française de
Sécurité Sanitaire des Produits de Santé propose une relecture de ces
résultats pour le moins saignante... Concernant les effets avancés, les
experts estiment que les constatations observées peuvent être expliqués
par"le simple hasard", ou sont "modestes et discordants", donc "de
pertinence discutable". Ils concluent par : "Au total, aucune preuve
formelle d'efficacité dans les pathologies associées au vieillissement
n'a été établie, même si des pistes peuvent mériter des études
ultérieures".
Selon l'AFSSAPS, la DHEA n'aurait montré d'intérêt potentiel que pour
le cas particulier d'insuffisances surrénales et dans le traitement du
lupus. Pour cette dernière indication, une autorisation de mise sur le
marché américain a été déposé auprès de la Food and Drug Administration
par les Laboratoires Genelabs Technologies.
2 - La DHEA est-elle un dopant sexuel ?
Peu d'études se sont intéressées à ce paramètre et c'est plutôt la
sensation très subjective de bien-être qui était préférée. L'effet sur
la libido n'a été étudié que dans le cas particulier des femmes
présentant une insuffisance surrénale. Les deux études3,4 sur le sujet
indiquent qu'une supplémentation augmente chez ces femmes l'intérêt
pour le sexe et le niveau de satisfaction sexuelle.
La vaste étude DHEâge1 a permis de noter un effet positif d'une dose
quotidienne de 50 mg/jour sur la libido des femmes les plus âgées de
l'échantillon (de 70 à 79 ans). Cependant, aucune conséquence n'a été
notée chez les femmes plus jeunes ou chez les hommes. Cet effet
pourrait s'expliquer par une augmentation de la dose en testostérone
(hormone mâle).
Chez l'homme âgé, l'absence de bénéfice peut s'expliquer par le
maintien d'une sécrétion testiculaire de testostérone et donc l'absence
de carence.
3 - Quels sont les principaux risques ?
Les principaux risques ont été rappelés dans le rapport de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé2.
• La prise de DHEA peut stimuler la croissance de cancers hormonodépendants (prostate, sein, utérus) ;
• Le risque cardiovasculaire potentiel, lié à une
baisse de l'HDL cholestérol, observé dans plusieurs études, doit être
pris en considération notamment en cas de prise au long cours de DHEA ;
4 - Comment peut-on s'en procurer ?
Sur prescription médicale, auprès de votre pharmacien dans le cadre
d'une préparation magistrale (élaborée artisanalement dans les
officines à partir de poudre de DHEA tirée de la plante yam). N'espérez
pas trouver en vente libre cette hormone qui n'est pas anodine, elle
est uniquement vendue sous ordonnance. Avant de vous prescrire cette
préparation, le médecin devra demander un bilan hormonal pour connaître
l'état de vos "carences". Des antécédents de cancer du sein, de
l'utérus ou de la prostate sont des contre-indications absolues.
Les plus audacieux essaieront de commander via Internet. Mais
attention, la plupart du temps, le colis repart d'où il vient ! Enfin,
vous risquez de n'obtenir que de la poudre de perlimpinpin. Les
résultats des tests pratiqués par le Pr. Baulieu sur des boîtes en
provenance des Etats-Unis ont mis en évidence des écarts entre la
quantité annoncée et la quantité réellement présente dans les
comprimés. Doctissimo vous recommande donc la plus grande méfiance
vis-à-vis de ces produits.
5 - A quel âge et à quelle dose doit-on prendre de la DHEA ?
Pour le moment, aucun âge et aucune dose ne sont conseillés puisque les
seuls avis du Conseil de l'Ordre des Médecins, de l'Ordre des
Pharmaciens ou de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits
de Santé recommandent de ne pas prescrire ni de consommer de la DHEA
tant que de plus amples résultats n'auront pas permis de confirmer ou
d'infirmer l'intérêt de cette hormone dans la lutte contre le
vieillissement.
Le taux sanguin de la DHEA commence à décliner entre 20 et 30 ans, mais
la vaste étude DHEâge avec des doses de 50 mg/jour n'a pu démontrer un
bénéfice que chez la tranche d'âge entre 70 et 80 ans. Pour savoir si
un bénéfice peut être établi à un plus jeune âge, une étude sur des
milliers de personnes sur plusieurs années serait nécessaire.
Enfin, il convient de rappeler que la prise de DHEA n'est pas sans
risque et peut favoriser la croissance de certains cancers : cancer du
sein, de l'utérus ou de la prostate.
6 - Peut-on associer un traitement à la DHEA avec un traitement hormonal substitutif ?
Non, cette association est déconseillée. La DHEA est transformée dans
l'organisme en différentes hormones. Ainsi, le cumul de ces deux
traitements peut entraîner une augmentation des estrogènes qui peut
représenter un risque de cancer hormonodépendant. Quant à choisir
entre les deux traitements, le dernier rapport de l'Agence Française de
Sécurité Sanitaire des Produits de Santé est sans appel : chez la femme
ménopausée, le bénéfice du traitement hormonal substitutif
oestro-progestatif est démontré. Ce type de traitement ne doit en aucun
cas être abandonné au profit d'un traitement par la DHEA dont les
effets sont incertains. Ces deux traitements ne doivent pas être
associés pour éviter un surdosage en ostrogènes.
7 - La DHEA peut-elle avoir un effet sur la mémoire et le bien-être psychologique ?
Des études chez l'animal tendent à prouver un effet sur la mémoire des
rats. Quant aux effets sur l'homme, le sujet reste entouré d'un grand
mystère. On a pu établir que la DHEA est en partie synthétisée
directement dans le cerveau et pourrait se fixer sur certains
récepteurs impliqués dans les facultés d'apprentissage et de
mémorisation. Toutefois peu d'études ont pu confirmer cet effet chez
l'homme. Bien au contraire, on trouve plus facilement dans la
littérature scientifique des études réfutant l'intérêt d'un apport
supplémentaire de DHEA.
Publiées au début de cette année, deux études5,6 font le point sur les
recherches effectuées à ce jour sur les effets de la DHEA sur les
fonctions cognitives, la démence et la dépression. Les deux concluent
que les données actuellement disponibles ne permettent pas de mettre
clairement à jour une quelconque amélioration de la mémoire ou de
l'état dépressif.
8 - Combien coûte le traitement ?
Bien que les prix soient libres, on peut donner une fourchette de prix
pour un traitement mensuel de 25 ou 50 mg/jour entre 9,15 et 45 €uros.
Le bilan hormonal préalable à toute prescription est remboursé par la
Sécurité Sociale.
9 - Pourquoi ne peut-on l'acheter comme un médicament classique ?
L'industrie pharmaceutique semble peu intéressée par la conduite
d'études risques/bénéfices pouvant aboutir à une autorisation de mise
sur le marché (AMM). La DHEA, hormone naturelle, est par définition
non-brevetable. Les frais engagés par la firme n'empêcheraient pas un
concurrent de commercialiser une autre DHEA... Cependant, selon
l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé2, "la
DHEA a fait l'objet d'un programme de développement clinique avancé
dans l'indication lupus, pour laquelle une demande d'AMM pourrait être
déposée prochainement en Europe. Des projets d'essais sont soumis à
l'AFSSAPS dans d'autres indications (infection par le VIH et maladie de
Steinert)".
10 - Que penser des crèmes cosmétiques "à base de DHEA" ?
Pour l'instant, c'est dans le domaine du vieillissement cutané que la
DHEA semble avoir trouvé ses premières applications en France. L'étude
DHEâge1 avait révélé que l'hormone améliore les qualités de la peau en
augmentant son hydratation. Cette constatation a débouché sur l'achat
par L'Oréal d'un brevet d'application à l'Assistance Publique des
Hôpitaux de Paris, responsable de l'étude DHEâge. La firme désire
utiliser la DHEA pour produire des cosmétiques. Mais les Laboratoires
Mayolis Spindler ont pris les devants. Depuis quelques mois, ils
proposent en effet aux femmes un nouveau soin de jour. Ce produit était
semble-t-il déjà "dans les cartons" de la firme depuis 2 ans. Mais le
bruit fait autour de la DHEA en a accéléré la commercialisation.
Ces crèmes n'ont été soumises à aucune étude permettant de certifier une quelconque action.
Le 10 juillet, l'Agence
française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS)
proposait de classer la DHEA comme médicament. Est-ce le dernier
épisode de la rocambolesque arrivée en France de "l'hormone miracle" ?
Pour mieux comprendre les enjeux de cette décision, retour sur ces
derniers mois riches en rebondissements.
Découverte dans les années 1930 dans l'urine humaine, cette molécule
naturelle est restée longtemps un mystère. Ce n'est qu'au cours des
années 1950, qu'on réussit à identifier son origine : les glandes
surrénales. Existant sous deux formes dans le plasma, une forme libre
et une forme sulfatée (DHEAS), sa concentration décroît avec l'âge
après avoir atteint un maximum entre 18 et 45 ans. D'où l'idée de
contrecarrer ce déclin grâce à une supplémentation.
Mais avant d'en arriver à ce stade, il fallait démontrer que cette
baisse était corrélée à une détérioration de certaines fonctions de
l'organisme et qu'un retour à des concentrations "optimales" pouvait
enrayer ce déclin.
Un marché en plein papy-boom
Alors qu'au début du siècle, une centaine seulement de
centenaires vivaient en France, on en compte aujourd'hui plus de 10
000. La moitié des fillettes nées en l'an 2000 verront tout le siècle.
Au recensement de 1999, les personnes âgées de 60 à 75 ans étaient 7
973 000 (soit 13,6 % de la population) et celles âgées de 75 ans et
plus étaient 4 505 000 (soit 7,7 % de la population). Avec trois mois
d'espérance de vie de plus chaque année, les seniors intéressent de
plus en plus la recherche scientifique.
Ainsi, Roger-Gérard Schwartzenberg, Ministre de la Recherche annonçait
le 8 mars 2001 envisager la création d'un "Institut de la Longévité".
Sur la proposition du Pr. Etienne-Emile Baulieu, vice-président de
l'Académie des Sciences et promoteur de la célèbre DHEA, cette
institution devrait prendre la forme d'un Groupement d'intérêt
scientifique (une structure fédératrice sans murs), associant le
ministère de la Recherche, les organismes publics de recherche et les
associations de malades.
Le but n'est pas uniquement de vivre plus vieux mais de mieux vieillir.
Les seniors et leur santé sont ainsi devenus un marché potentiellement
important.
Le long feuilleton de la DHEA
Ces derniers mois, le débat autour de la DHEA a été le théâtre
de nombreux communiqués de la part des différents acteurs du monde de
la santé. Pour prendre bonne mesure des enjeux, revoyons les grandes
dates liées à la disponibilité de cette "hormone de Jouvence" en France.
10 avril 2001 : Le
Parisien révèle que la DHEA est déjà vendue dans les pharmacies
françaises sous forme de préparations magistrales à partir d'extraits
d'une plante mexicaine, le yam. Les préparations magistrales sont des
préparations pharmaceutiques formulées par un médecin et fabriquées par
le pharmacien au moment de la présentation de l'ordonnance et pour un
malade donné.
Le même jour, le Pr.
Baulieu, découvreur de la DHEA, interrogé sur Europe 1, déconseille la
prise de l'hormone miracle, argumentant du manque de recul sur la
sécurité et l'efficacité du produit. Enfin, c'est au tour du Conseil
National de l'Ordre des Médecins2 de déconseiller aux médecins la
prescription de ces préparations exactement pour les mêmes raisons. Le
Conseil de l'Ordre rappelle aussi que cette substance est inscrite à la
liste des substances considérées comme dopantes par le Ministère de la
jeunesse et des sports. Le message est donc clair : il est urgent
d'attendre les résultats des évaluations en cours sur les effets et les
risques de la DHEA.
3 mai 2001 : L'Agence
Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS)3
précise aux pharmaciens qu'ils ne peuvent délivrer une
préparation contenant de la DHEA que s'il sont en mesure de garantir
que la qualité de la matière première utilisée ne présente aucun risque
pour le consommateur". En d'autres termes, ils doivent être en mesure
de procéder au contrôle de la qualité de cette matière première...
Prouesse techniquement difficile en officine.
Début Juin : Des
laboratoires distributeurs annoncent développer et valider des méthodes
d'analyse permettant de garantir la qualité de la DHEA aux pharmaciens.
En garantissant sa qualité, Cooper lève ainsi le principal frein à la
délivrance en officine de cette hormone supposée lutter contre le
vieillissement.
Dans son bulletin bimensuel,
l'Ordre des Pharmaciens s'ouvre sur un éditorial sans détour "DHEA :
sachez résister". Son président Jean Parrot insiste sur le fait que le
"pharmacien, homme de sciences, capable d'apprécier le rapport -
bénéfices incertains/risques d'apparition de cancers hormonodépendants
- qui délivrerait le produit" verrait sa responsabilité totalement
engagée et conclut "L'Ordre ne peut pas interdire. Il peut conseiller :
sachez résister à la demande."
10 juillet 2001 :
L'AFSSAPS publie un rapport demandé par Bernard Kouchner, Ministre
délégué à la santé sur les effets bénéfiques de la DHEA et les risques
éventuellement liés à son association, ainsi que le statut juridique de
ce produit. Ces conclusions semblent de nature à calmer les ardeurs des
plus téméraires : "Au vu de l'analyse du groupe d'experts, l'Afssaps
considère que l'utilisation de la DHEA doit être assujettie à la
réglementation du médicament et qu'une information des professionnels
de santé et du public doit être faite". Après avoir rappelé les risques
vis-à-vis de certains cancers et la baisse du HDL-Cholestérol (le bon
cholestérol), l'Afssaps estime "qu'il ne peut être conseillé de
prescrire la DHEA dans le cadre de la lutte contre les effets du
vieillissement, quel que soit l'âge et le sexe. L'utilisation
éventuelle de ce précurseur hormonal n'est donc pas justifiée en dehors
des essais thérapeutiques ou de situations cliniques très particulières
à juger au cas par cas. La DHEA nécessite une prescription et une
surveillance médicale".
Mais peu de laboratoires devraient être intéressés par la conduite
d'études pouvant aboutir à une autorisation de mise sur le marché. La
DHEA, hormone naturelle, est par définition non-brevetable. Les frais
engagés par la firme n'empêcheraient pas un concurrent de
commercialiser une autre DHEA.
Un OVNI dans la pharmacopée
Ainsi, la consommation de DHEA n'a pas la caution des pouvoirs
publics et encore moins celle des organisations professionnelles. Mais
la forte demande de la population, la perspective d'un important marché
et la pression exercée par quelques lobbies ou les associations de
patients semblent embarrasser les autorités sanitaires au point de lui
conférer un statut particulier. Dorénavant, la DHEA est considérée
comme un "médicament de fonction" délivré sous prescription médicale.
Ce statut n'équivaut pas à une autorisation de mise sur le
marché"(AMM), procédure à laquelle sont soumis les laboratoires
désireux de commercialiser un produit particulier. Mais selon
l'Afssaps, tout produit contenant de la DHEA sera soumis à des
contrôles stricts, notamment concernant les saisies douanières et sera
l'objet d'un suivi de pharmacovigilance : tous les effets indésirables
devant être notifiés par les médecins auprès des centres de
pharmacovigilance.
N'ayant pas été jusqu'à interdire la très médiatique hormone, le
gouvernement et l'Afssaps n'ont pas changé les modes de prescription
déjà en cours. Le pharmacien peut continuer à l'inclure dans une
préparation magistrale, à la condition qu'elle soit prescrite par un
médecin. Le prescripteur subit ainsi seul, la pression des patients
désirant obtenir la pilule de jeunesse...
Un vent de folie s’est emparé des Français pour la DHEA. Après les
Américains, nos compatriotes découvrent cette hormone aux possibles
vertus anti-vieillissement et cherchent à se la procurer par tous les
moyens, puisqu’elle nécessite une prescription médicale dans notre
pays. Pourtant, de nombreux spécialistes estiment que l’intérêt de
cette molécule est modeste et qu’elle ne peut en aucun cas être
considérée comme une hormone de jouvence.
Alors pourquoi un tel enthousiasme ?
Un vent de folie s’est emparé des Français pour la DHEA. Après les
Américains, nos compatriotes découvrent cette hormone aux possibles
vertus anti-vieillissement et cherchent à se la procurer par tous les
moyens, puisqu’elle nécessite une prescription médicale dans notre
pays. Pourtant, de nombreux spécialistes estiment que l’intérêt de
cette molécule est modeste et qu’elle ne peut en aucun cas être
considérée comme une hormone de jouvence.
Alors pourquoi un tel enthousiasme ?
Pour comprendre l’intérêt nouveau de nombreux Français pour la
DHEA, il faut revenir quelques mois en arrière. Depuis plusieurs
années, les Américains ont coutume de consommer de la DHEA, ou
déhydroépiandrostérone, une hormone fabriquée par les glandes
surrénales, vendue aux Etats-Unis dans les drug-stores comme simple
complément alimentaire. Mais, il est vrai qu’aux Etats-Unis, le recours
aux substances anti-âge est fort répandu.
Bien que ce soit un Français, le Pr. Etienne-Emile Baulieu, qui ait
découvert les propriétés anti-vieillissement de la DHEA, nos
compatriotes ont longtemps peu prêté attention à cette hormone.
Grand succès médiatique pour DHEâge
Mais, la publication en avril 20001 des résultats de l’étude
DHEâge menée à Paris chez 280 personnes âgées de 60 à 79 ans, a
totalement changé la donne. Les articles et les émissions de télévision
ont été si nombreux à relater les propriétés soi-disant miraculeuses de
la DHEA que de nombreux Français se sont précipités sur internet pour
commander l’hormone miraculeuse.
Si le gouvernement français n’autorise toujours pas la
commercialisation en vente libre de la DHEA en France, rien en effet de
plus simple que d’obtenir en cliquant sur pharmacyexpress.com ou
dhea.com la fameuse substance. Les sites américains, qui proposent la
vente de cette hormone, sont extrêmement nombreux et le choix ne manque
pas.
Des colis qui ne contiennent aucune hormone
Si vous vous lancez dans l’aventure, sachez cependant que vous le ferez
à vos risques et périls. Le colis risque d’être saisi par les douaniers
à la frontière ou les comprimés peuvent être de mauvaise qualité ou ne
pas contenir de DHEA du tout.
Après avoir analysé le contenu d’une cinquantaine de boîtes “de DHEA”
vendues sur des sites internet ou dans les drug-stores américains,
l’équipe du Pr. Baulieu a ainsi observé que certains comprimés ne sont
en fait que de vulgaires placebos dépourvus de molécule active, ou
contiennent un autre produit. Pour ce motif, le Pr. Baulieu plaide
d’ailleurs avec conviction auprès des autorités françaises afin de
permettre la mise sur le marché prochaine en France de DHEA produite
par des laboratoires pharmaceutiques sérieux. Il a bon espoir d’être
entendu et, selon lui, les Français devraient pouvoir prochainement en
disposer à leur tour.
En attendant, si vous voulez de la DHEA à tout prix, vous pourrez vous
tourner vers certaines pharmacies, qui fabriquent en France des
préparations magistrales de DHEA, ou vers les pharmacies d’autres pays
européens comme la Suisse où la DHEA peut être délivrée sur ordonnance.
Une hormone parmi d’autres
Reste que vous serez peut-être déçu par les effets ressentis à
la suite de l’administration de l’hormone. En effet, si la DHEA semble
améliorer la libido et permettre de prévenir la perte osseuse liée à
l’ostéoporose, ses effets sont d’ampleur assez limités et ont surtout
été observés chez les femmes les plus âgées. Rien ne prouve donc que sa
prescription puisse supplanter celle d’autres hormones qui agissent
elles aussi contre le vieillissement comme les estrogènes et les
progestatifs proposés aux femmes dès la ménopause.
Des points à éclaircir
En réalité, il faut raison garder. La DHEA est certainement une
molécule intéressante, mais ses effets dans la prévention du
vieillissement doivent encore être étudiés précisément de même que sa
tolérance au long cours qui reste mal appréciée. L’étude DHEâge se
poursuit d’ailleurs en ce moment chez 235 des 280 volontaires et l’on
devrait rapidement mieux connaître son impact sur la prévention de la
perte osseuse et les fonctions cérébrales (dépression, mémoire). Une
seconde étude devrait également être menée afin d’apprécier son action
chez les personnes de plus de 80 ans. Enfin, certains gynécologues
espèrent mettre en place des travaux afin de préciser si la DHEA
pourrait être utilisée en remplacement ou en relais du traitement
hormonal classique de la ménopause.
Des crèmes à la DHEA
Pour l’instant, c’est dans le domaine du vieillissement cutané
que la DHEA semble avoir trouvé ses premières applications en France.
L’étude DHEâge avait révélé que l’hormone améliore les qualités de la
peau en augmentant son hydratation. Cette constatation a débouché sur
l’achat par L’Oréal d’un brevet d’application à l’Assistance Publique
des Hôpitaux de Paris, responsable de l’étude DHEâge. La firme désire
utiliser la DHEA pour produire des cosmétiques. Cependant, ce sont en
fait les Laboratoires Mayolis Spindler qui ont pris les devants. Depuis
quelques mois, ils proposent en effet aux femmes un nouveau soin du
jour. Ce produit était semble-t-il déjà prêt “dans les cartons” de la
firme depuis 2 ans. Mais, le bruit fait autour de la DHEA en a accéléré
la commercialisation.
Charles Decock 29/10/2010
Contributions :
Proc. Natl. Acad. Sci.
USA. New England Journal of Medicine.
Conseil National de l'Ordre des Médecins.
l'AFSSAPS.
Bulletin de l'ordre des pharmaciens.

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