La nouvelle génération de services
pour la sécurité et l'indépendance des Seniors
La téléassistance active Senioralerte et vous Senioralerte près de chez vous Collectivités et partenariat Dossiers d'actualité
  Temoignages

<< Retour aux dossiers thématiques

Toute la vérité sur la DHEA


Après les Etats-Unis, la DHEA débarque dans nos pharmacies. Alors que de nombreuses études sont en cours pour prouver ses propriétés, la "pilule-miracle" déchaîne les passions. Quels sont les derniers épisodes de la rocambolesque arrivée de la "pilule de jouvence" en France ? Revenons sur ce véritable phénomène de société. Propriétés, disponibilité, risques. Savoir faire la part du rêve et de la réalité.

Les origines d'un phénomène :
Comment en quelques années, la DHEA a-t-elle pu sortir du simple cadre scientifique et devenir un composé-star ? Cette hormone naturellement produite par l’organisme diminue fortement avec l’âge, d’où l’idée de rétablir le "niveau optimal" via une supplémentation. Mais alors que de nombreuses études sont encore en cours pour prouver ses vertus, la DHEA brûle les étapes au point d’embarrasser les législateurs. Premiers pas d’un véritable phénomène de société...
 
DHEA : ces quatre lettres désignent la déhydroépiandrostérone, une hormone naturellement produite par l’organisme. Ce composé est un dérivé du cholestérol  : un stéroïde. Il est principalement synthétisé sur sa forme de sulfate : "DHEAS" par les glandes surrénales.
Une diminution irréversible avec l’âge
La DHEA est présente chez le foetus puis devient négligeable pendant la petite enfance. Elle augmente à l’âge de sept ans environ et culmine entre 20 et 30 ans. Ensuite, sa concentration décroît progressivement pour ne plus représenter qu’un tiers de son maximum. Les femmes en produisent entre 20 et 30 % de moins que les hommes.

dhea.gif
Concentration de DHEA dans le sang en fonction de l’âge

Source : J Clin Endocrinol Metab 1984 Sep;59(3):551-5

 
Cette diminution irréversible avec l’âge a incité les scientifiques à tenter un remplacement ou une substitution sur le modèle des traitements hormonaux substitutifs à base d’estrogènes aujourd’hui prescrits aux femmes ménopausées.
Mais avant d’en faire une pilule miracle, les scientifiques devaient prouver qu’une diminution de cette hormone était responsable d’une altération de certaines fonctions de l’organisme avec l’âge et qu’un retour à un niveau de DHEA optimal pouvait avoir un effet bénéfique en renversant cette tendance. Le taux de DHEA dans le sang devant permettre d’établir la supplémentation nécessaire.

Pourquoi un tel engouement ?

Bien qu’isolée dans les urines humaines au début des années 30 par Adolf Butenandt, ce n’est qu’à la fin des années 1950 que l’on put identifier son origine : les glandes surrénales.
Dans les années 1970, la supplémentation en DHEA sur l’animal a fait l’objet de nombreuses recherches : effet sur le vieillissement, protection vis-à-vis de certains cancers, des maladies à virus, l'athérosclérose, traitement de certaines obésités d'origine génétique, etc... Alors que la Food and Drug Administration interdisait la vente de DHEA en 1984 au regard des risques de toxicité hépatique, la loi américaine était contournée dix ans plus tard et "l’hormone miracle" se retrouvait à nouveau sur le marché américain sous le label de complément nutritionnel.
Mais c’est certainement la vaste étude1 publiée par le Pr. Etienne-Emile Baulieu en avril 2000 qui fut à l’origine de tous les espoirs. Bien que ne créant pas de véritables supermen ou superwomen, la supplémentation de 50 mg a permis aux femmes les plus âgées (entre 70 et 79 ans) de voir une amélioration de leur densité osseuse et de leur libido. Enfin, hommes et femmes ont vu leur peau bénéficier d’une certaine régénérescence (production des glandes sébacées, hydratation, lutte contre une pigmentation anormale et réduction de l’atrophie de l’épiderme) et l’aspect de leur visage s’améliorer. Néanmoins, d’autres études seront nécessaires pour confirmer ces résultats.

Prêts à tout pour obtenir de la DHEA ?

Bien que le Pr. Baulieu rappelle qu’une prise intempestive de DHEA peut se révéler dangereuse, nombreux sont ceux qui ont franchi le pas et s’approvisionnent aux Etats-Unis ou via Internet. Tapez "DHEA" sur un moteur de recherche et vous trouverez plus de 50 000 sites vous proposant des informations ou plus souvent la possibilité d’acheter la pilule miracle. Bien entendu, aucune garantie n’est donnée quant à la composition des gélules...
Dans un sondage effectué le 13 avril sur Doctissimo, une courte majorité s’avouait prête à "braver les interdits pour se procurer de la DHEA" (281 contre 246).
L’impatience des Français vient d’être écourtée par l’annonce de la firme Cooper (Coopération Pharmaceutique Française), qui depuis le mois de juin fournit la DHEA aux pharmacies pour des préparations magistrales. En garantissant sa qualité, Cooper lève ainsi le principal frein à la délivrance en officine de cette hormone supposée lutter contre le vieillissement. Alors interdite ou en vente libre ? Ni l’un ni l’autre, la situation de la DHEA est bien singulière... Mais n’espérez pas acheter dès demain votre DHEA en vente libre, les pharmaciens ne pourront en fabriquer que sur prescription d’un médecin.
Dernier épisode de ce statut rocambolesque, le 10 juillet l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) émet un avis selon lequel : "Au vu de l’analyse du groupe d’experts, l’Afssaps considère que l’utilisation de la DHEA doit être assujettie à la réglementation du médicament et qu’une information des professionnels de santé et du public doit être faite". Le même jour, le ministre délégué à la Santé, Bernard Kouchner annoncait devant la presse avoir proposé le classement comme médicament de la DHEA.

La DHEA en 10 questions

Après les Etats-Unis, c'est en France que souffle désormais un vent de folie autour de la DHEA. Les nouveaux adeptes de cette "pilule de Jouvence" semblent rester indifférents aux recommandations et conseils de prudence des autorités sanitaires. On aura tout entendu et son contraire sur cette "hormone de jouvence"... Pour distinguer le vrai du faux, Doctissimo répond à vos questions.
 
1 - Quels sont les principaux effets bénéfiques d'un traitement à base de DHEA ?
Hormone naturellement produite par l'organisme, la DHEA ou déhydroépiandrostérone atteint son point culminant entre 20 et 30 ans avant de décroître avec l'âge. D'où l'idée séduisante de compenser cette baisse physiologique inexorable et de lutter ainsi contre le vieillissement.
Différentes études ont permis de démontrer des effets bénéfiques sur la mémoire, la densité osseuse, la masse musculaire, dépression... chez l'animal. A ce jour, les vertus tant vantées de la DHEA sont hâtivement extrapolées de résultats obtenus chez le rat. La plupart des études menées chez l'homme concernent un effectif trop restreint ou une trop courte période pour qu'on puisse en tirer de véritables conclusions.
La plus solide des études fut conduite par le Pr. Baulieu1. Elle est la seule de grande envergure à avoir comparé les effets d'une administration de 50 mg/jour de DHEA versus placebo sur 280 sujets de 60 à 79 ans.
Les conclusions de cette étude mettent en évidence trois principaux bénéfices limités aux femmes de plus de 70 ans :
•    Diminution de la fragilité osseuse ;
•    Amélioration de la peau (production des glandes sébacées, hydratation, lutte contre une pigmentation anormale et réduction de l'atrophie de l'épiderme) et de l'aspect du visage ;
•    Amélioration de la libido.
Dans son rapport rendu le 3 juillet 20012, l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé propose une relecture de ces résultats pour le moins saignante... Concernant les effets avancés, les experts estiment que les constatations observées peuvent être expliqués par"le simple hasard", ou sont "modestes et discordants", donc "de pertinence discutable". Ils concluent par : "Au total, aucune preuve formelle d'efficacité dans les pathologies associées au vieillissement n'a été établie, même si des pistes peuvent mériter des études ultérieures".
Selon l'AFSSAPS, la DHEA n'aurait montré d'intérêt potentiel que pour le cas particulier d'insuffisances surrénales et dans le traitement du lupus. Pour cette dernière indication, une autorisation de mise sur le marché américain a été déposé auprès de la Food and Drug Administration par les Laboratoires Genelabs Technologies.

2 - La DHEA est-elle un dopant sexuel ?
Peu d'études se sont intéressées à ce paramètre et c'est plutôt la sensation très subjective de bien-être qui était préférée. L'effet sur la libido n'a été étudié que dans le cas particulier des femmes présentant une insuffisance surrénale. Les deux études3,4 sur le sujet indiquent qu'une supplémentation augmente chez ces femmes l'intérêt pour le sexe et le niveau de satisfaction sexuelle.
La vaste étude DHEâge1 a permis de noter un effet positif d'une dose quotidienne de 50 mg/jour sur la libido des femmes les plus âgées de l'échantillon (de 70 à 79 ans). Cependant, aucune conséquence n'a été notée chez les femmes plus jeunes ou chez les hommes. Cet effet pourrait s'expliquer par une augmentation de la dose en testostérone (hormone mâle).
Chez l'homme âgé, l'absence de bénéfice peut s'expliquer par le maintien d'une sécrétion testiculaire de testostérone et donc l'absence de carence.

3 - Quels sont les principaux risques ?
Les principaux risques ont été rappelés dans le rapport de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé2.
•    La prise de DHEA peut stimuler la croissance de cancers hormonodépendants (prostate, sein, utérus) ;
•    Le risque cardiovasculaire potentiel, lié à une baisse de l'HDL cholestérol, observé dans plusieurs études, doit être pris en considération notamment en cas de prise au long cours de DHEA ;

4 - Comment peut-on s'en procurer ?
Sur prescription médicale, auprès de votre pharmacien dans le cadre d'une préparation magistrale (élaborée artisanalement dans les officines à partir de poudre de DHEA tirée de la plante yam). N'espérez pas trouver en vente libre cette hormone qui n'est pas anodine, elle est uniquement vendue sous ordonnance. Avant de vous prescrire cette préparation, le médecin devra demander un bilan hormonal pour connaître l'état de vos "carences". Des antécédents de cancer du sein, de l'utérus ou de la prostate sont des contre-indications absolues.
Les plus audacieux essaieront de commander via Internet. Mais attention, la plupart du temps, le colis repart d'où il vient ! Enfin, vous risquez de n'obtenir que de la poudre de perlimpinpin. Les résultats des tests pratiqués par le Pr. Baulieu sur des boîtes en provenance des Etats-Unis ont mis en évidence des écarts entre la quantité annoncée et la quantité réellement présente dans les comprimés. Doctissimo vous recommande donc la plus grande méfiance vis-à-vis de ces produits.

5 - A quel âge et à quelle dose doit-on prendre de la DHEA ?
Pour le moment, aucun âge et aucune dose ne sont conseillés puisque les seuls avis du Conseil de l'Ordre des Médecins, de l'Ordre des Pharmaciens ou de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé recommandent de ne pas prescrire ni de consommer de la DHEA tant que de plus amples résultats n'auront pas permis de confirmer ou d'infirmer l'intérêt de cette hormone dans la lutte contre le vieillissement.
Le taux sanguin de la DHEA commence à décliner entre 20 et 30 ans, mais la vaste étude DHEâge avec des doses de 50 mg/jour n'a pu démontrer un bénéfice que chez la tranche d'âge entre 70 et 80 ans. Pour savoir si un bénéfice peut être établi à un plus jeune âge, une étude sur des milliers de personnes sur plusieurs années serait nécessaire.
Enfin, il convient de rappeler que la prise de DHEA n'est pas sans risque et peut favoriser la croissance de certains cancers : cancer du sein, de l'utérus ou de la prostate.

6 - Peut-on associer un traitement à la DHEA avec un traitement hormonal substitutif ?
Non, cette association est déconseillée. La DHEA est transformée dans l'organisme en différentes hormones. Ainsi, le cumul de ces deux traitements peut entraîner une augmentation des estrogènes qui peut représenter un risque  de cancer hormonodépendant. Quant à choisir entre les deux traitements, le dernier rapport de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé est sans appel : chez la femme ménopausée, le bénéfice du traitement hormonal substitutif oestro-progestatif est démontré. Ce type de traitement ne doit en aucun cas être abandonné au profit d'un traitement par la DHEA dont les effets sont incertains. Ces deux traitements ne doivent pas être associés pour éviter un surdosage en ostrogènes.

7 - La DHEA peut-elle avoir un effet sur la mémoire et le bien-être psychologique ?
Des études chez l'animal tendent à prouver un effet sur la mémoire des rats. Quant aux effets sur l'homme, le sujet reste entouré d'un grand mystère. On a pu établir que la DHEA est en partie synthétisée directement dans le cerveau et pourrait se fixer sur certains récepteurs impliqués dans les facultés d'apprentissage et de mémorisation. Toutefois peu d'études ont pu confirmer cet effet chez l'homme. Bien au contraire, on trouve plus facilement dans la littérature scientifique des études réfutant l'intérêt d'un apport supplémentaire de DHEA.
Publiées au début de cette année, deux études5,6 font le point sur les recherches effectuées à ce jour sur les effets de la DHEA sur les fonctions cognitives, la démence et la dépression. Les deux concluent que les données actuellement disponibles ne permettent pas de mettre clairement à jour une quelconque amélioration de la mémoire ou de l'état dépressif.

8 - Combien coûte le traitement ?
Bien que les prix soient libres, on peut donner une fourchette de prix pour un traitement mensuel de 25 ou 50 mg/jour entre 9,15 et 45 €uros. Le bilan hormonal préalable à toute prescription est remboursé par la Sécurité Sociale.

9 - Pourquoi ne peut-on l'acheter comme un médicament classique ?
L'industrie pharmaceutique semble peu intéressée par la conduite d'études risques/bénéfices pouvant aboutir à une autorisation de mise sur le marché (AMM). La DHEA, hormone naturelle, est par définition non-brevetable. Les frais engagés par la firme n'empêcheraient pas un concurrent de commercialiser une autre DHEA... Cependant, selon l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé2, "la DHEA a fait l'objet d'un programme de développement clinique avancé dans l'indication lupus, pour laquelle une demande d'AMM pourrait être déposée prochainement en Europe. Des projets d'essais sont soumis à l'AFSSAPS dans d'autres indications (infection par le VIH et maladie de Steinert)".

10 - Que penser des crèmes cosmétiques "à base de DHEA" ?
Pour l'instant, c'est dans le domaine du vieillissement cutané que la DHEA semble avoir trouvé ses premières applications en France. L'étude DHEâge1 avait révélé que l'hormone améliore les qualités de la peau en augmentant son hydratation. Cette constatation a débouché sur l'achat par L'Oréal d'un brevet d'application à l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, responsable de l'étude DHEâge. La firme désire utiliser la DHEA pour produire des cosmétiques. Mais les Laboratoires Mayolis Spindler ont pris les devants. Depuis quelques mois, ils proposent en effet aux femmes un nouveau soin de jour. Ce produit était semble-t-il déjà "dans les cartons" de la firme depuis 2 ans. Mais le bruit fait autour de la DHEA en a accéléré la commercialisation.
Ces crèmes n'ont été soumises à aucune étude permettant de certifier une quelconque action.

Le 10 juillet, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) proposait de classer la DHEA comme médicament. Est-ce le dernier épisode de la rocambolesque arrivée en France de "l'hormone miracle" ? Pour mieux comprendre les enjeux de cette décision, retour sur ces derniers mois riches en rebondissements.

Découverte dans les années 1930 dans l'urine humaine, cette molécule naturelle est restée longtemps un mystère. Ce n'est qu'au cours des années 1950, qu'on réussit à identifier son origine : les glandes surrénales. Existant sous deux formes dans le plasma, une forme libre et une forme sulfatée (DHEAS), sa concentration décroît avec l'âge après avoir atteint un maximum entre 18 et 45 ans. D'où l'idée de contrecarrer ce déclin grâce à une supplémentation.
Mais avant d'en arriver à ce stade, il fallait démontrer que cette baisse était corrélée à une détérioration de certaines fonctions de l'organisme et qu'un retour à des concentrations "optimales" pouvait enrayer ce déclin.

Un marché en plein papy-boom

Alors qu'au début du siècle, une centaine seulement de centenaires vivaient en France, on en compte aujourd'hui plus de 10 000. La moitié des fillettes nées en l'an 2000 verront tout le siècle. Au recensement de 1999, les personnes âgées de 60 à 75 ans étaient 7 973 000 (soit 13,6 % de la population) et celles âgées de 75 ans et plus étaient 4 505 000 (soit 7,7 % de la population). Avec trois mois d'espérance de vie de plus chaque année, les seniors intéressent de plus en plus la recherche scientifique.
Ainsi, Roger-Gérard Schwartzenberg, Ministre de la Recherche annonçait le 8 mars 2001 envisager la création d'un "Institut de la Longévité". Sur la proposition du Pr. Etienne-Emile Baulieu, vice-président de l'Académie des Sciences et promoteur de la célèbre DHEA, cette institution devrait prendre la forme d'un Groupement d'intérêt scientifique (une structure fédératrice sans murs), associant le ministère de la Recherche, les organismes publics de recherche et les associations de malades.
Le but n'est pas uniquement de vivre plus vieux mais de mieux vieillir. Les seniors et leur santé sont ainsi devenus un marché potentiellement important.

Le long feuilleton de la DHEA

Ces derniers mois, le débat autour de la DHEA a été le théâtre de nombreux communiqués de la part des différents acteurs du monde de la santé. Pour prendre bonne mesure des enjeux, revoyons les grandes dates liées à la disponibilité de cette "hormone de Jouvence" en France.
10 avril 2001 : Le Parisien révèle que la DHEA est déjà vendue dans les pharmacies françaises sous forme de préparations magistrales à partir d'extraits d'une plante mexicaine, le yam. Les préparations magistrales sont des préparations pharmaceutiques formulées par un médecin et fabriquées par le pharmacien au moment de la présentation de l'ordonnance et pour un malade donné.
 
Le même jour, le Pr. Baulieu, découvreur de la DHEA, interrogé sur Europe 1, déconseille la prise de l'hormone miracle, argumentant du manque de recul sur la sécurité et l'efficacité du produit. Enfin, c'est au tour du Conseil National de l'Ordre des Médecins2 de déconseiller aux médecins la prescription de ces préparations exactement pour les mêmes raisons. Le Conseil de l'Ordre rappelle aussi que cette substance est inscrite à la liste des substances considérées comme dopantes par le Ministère de la jeunesse et des sports. Le message est donc clair : il est urgent d'attendre les résultats des évaluations en cours sur les effets et les risques de la DHEA.
3 mai 2001 : L'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS)3 précise aux pharmaciens qu'ils ne peuvent  délivrer une préparation contenant de la DHEA que s'il sont en mesure de garantir que la qualité de la matière première utilisée ne présente aucun risque pour le consommateur". En d'autres termes, ils doivent être en mesure de procéder au contrôle de la qualité de cette matière première... Prouesse techniquement difficile en officine.
Début Juin : Des laboratoires distributeurs annoncent développer et valider des méthodes d'analyse permettant de garantir la qualité de la DHEA aux pharmaciens. En garantissant sa qualité, Cooper lève ainsi le principal frein à la délivrance en officine de cette hormone supposée lutter contre le vieillissement.
Dans son bulletin bimensuel, l'Ordre des Pharmaciens s'ouvre sur un éditorial sans détour "DHEA : sachez résister". Son président Jean Parrot insiste sur le fait que le "pharmacien, homme de sciences, capable d'apprécier le rapport - bénéfices incertains/risques d'apparition de cancers hormonodépendants - qui délivrerait le produit" verrait sa responsabilité totalement engagée et conclut "L'Ordre ne peut pas interdire. Il peut conseiller : sachez résister à la demande."
10 juillet 2001 : L'AFSSAPS publie un rapport demandé par Bernard Kouchner, Ministre délégué à la santé sur les effets bénéfiques de la DHEA et les risques éventuellement liés à son association, ainsi que le statut juridique de ce produit. Ces conclusions semblent de nature à calmer les ardeurs des plus téméraires : "Au vu de l'analyse du groupe d'experts, l'Afssaps considère que l'utilisation de la DHEA doit être assujettie à la réglementation du médicament et qu'une information des professionnels de santé et du public doit être faite". Après avoir rappelé les risques vis-à-vis de certains cancers et la baisse du HDL-Cholestérol (le bon cholestérol), l'Afssaps estime "qu'il ne peut être conseillé de prescrire la DHEA dans le cadre de la lutte contre les effets du vieillissement, quel que soit l'âge et le sexe. L'utilisation éventuelle de ce précurseur hormonal n'est donc pas justifiée en dehors des essais thérapeutiques ou de situations cliniques très particulières à juger au cas par cas. La DHEA nécessite une prescription et une surveillance médicale".

Mais peu de laboratoires devraient être intéressés par la conduite d'études pouvant aboutir à une autorisation de mise sur le marché. La DHEA, hormone naturelle, est par définition non-brevetable. Les frais engagés par la firme n'empêcheraient pas un concurrent de commercialiser une autre DHEA.

Un OVNI dans la pharmacopée

Ainsi, la consommation de DHEA n'a pas la caution des pouvoirs publics et encore moins celle des organisations professionnelles. Mais la forte demande de la population, la perspective d'un important marché et la pression exercée par quelques lobbies ou les associations de patients semblent embarrasser les autorités sanitaires au point de lui conférer un statut particulier. Dorénavant, la DHEA est considérée comme un "médicament de fonction" délivré sous prescription médicale.
Ce statut n'équivaut pas à une autorisation de mise sur le marché"(AMM), procédure à laquelle sont soumis les laboratoires désireux de commercialiser un produit particulier. Mais selon l'Afssaps, tout produit contenant de la DHEA sera soumis à des contrôles stricts, notamment concernant les saisies douanières et sera l'objet d'un suivi de pharmacovigilance : tous les effets indésirables devant être notifiés par les médecins auprès des centres de pharmacovigilance.
N'ayant pas été jusqu'à interdire la très médiatique hormone, le gouvernement et l'Afssaps n'ont pas changé les modes de prescription déjà en cours. Le pharmacien peut continuer à l'inclure dans une préparation magistrale, à la condition qu'elle soit prescrite par un médecin. Le prescripteur subit ainsi seul, la pression des patients désirant obtenir la pilule de jeunesse...

Un vent de folie s’est emparé des Français pour la DHEA. Après les Américains, nos compatriotes découvrent cette hormone aux possibles vertus anti-vieillissement et cherchent à se la procurer par tous les moyens, puisqu’elle nécessite une prescription médicale dans notre pays. Pourtant, de nombreux spécialistes estiment que l’intérêt de cette molécule est modeste et qu’elle ne peut en aucun cas être considérée comme une hormone de jouvence.

Alors pourquoi un tel enthousiasme ?

Un vent de folie s’est emparé des Français pour la DHEA. Après les Américains, nos compatriotes découvrent cette hormone aux possibles vertus anti-vieillissement et cherchent à se la procurer par tous les moyens, puisqu’elle nécessite une prescription médicale dans notre pays. Pourtant, de nombreux spécialistes estiment que l’intérêt de cette molécule est modeste et qu’elle ne peut en aucun cas être considérée comme une hormone de jouvence.

Alors pourquoi un tel enthousiasme ?

Pour comprendre l’intérêt nouveau de nombreux Français pour la DHEA, il faut revenir quelques mois en arrière. Depuis plusieurs années, les Américains ont coutume de consommer de la DHEA, ou déhydroépiandrostérone, une hormone fabriquée par les glandes surrénales, vendue aux Etats-Unis dans les drug-stores comme simple complément alimentaire. Mais, il est vrai qu’aux Etats-Unis, le recours aux substances anti-âge est fort répandu.
Bien que ce soit un Français, le Pr. Etienne-Emile Baulieu, qui ait découvert les propriétés anti-vieillissement de la DHEA, nos compatriotes ont longtemps peu prêté attention à cette hormone.

Grand succès médiatique pour DHEâge

Mais, la publication en avril 20001 des résultats de l’étude DHEâge menée à Paris chez 280 personnes âgées de 60 à 79 ans, a totalement changé la donne. Les articles et les émissions de télévision ont été si nombreux à relater les propriétés soi-disant miraculeuses de la DHEA que de nombreux Français se sont précipités sur internet pour commander l’hormone miraculeuse.
Si le gouvernement français n’autorise toujours pas la commercialisation en vente libre de la DHEA en France, rien en effet de plus simple que d’obtenir en cliquant sur pharmacyexpress.com ou dhea.com la fameuse substance. Les sites américains, qui proposent la vente de cette hormone, sont extrêmement nombreux et le choix ne manque pas.
Des colis qui ne contiennent aucune hormone
Si vous vous lancez dans l’aventure, sachez cependant que vous le ferez à vos risques et périls. Le colis risque d’être saisi par les douaniers à la frontière ou les comprimés peuvent être de mauvaise qualité ou ne pas contenir de DHEA du tout.
Après avoir analysé le contenu d’une cinquantaine de boîtes “de DHEA” vendues sur des sites internet ou dans les drug-stores américains, l’équipe du Pr. Baulieu a ainsi observé que certains comprimés ne sont en fait que de vulgaires placebos dépourvus de molécule active, ou contiennent un autre produit. Pour ce motif, le Pr. Baulieu plaide d’ailleurs avec conviction auprès des autorités françaises afin de permettre la mise sur le marché prochaine en France de DHEA produite par des laboratoires pharmaceutiques sérieux. Il a bon espoir d’être entendu et, selon lui, les Français devraient pouvoir prochainement en disposer à leur tour.
En attendant, si vous voulez de la DHEA à tout prix, vous pourrez vous tourner vers certaines pharmacies, qui fabriquent en France des préparations magistrales de DHEA, ou vers les pharmacies d’autres pays européens comme la Suisse où la DHEA peut être délivrée sur ordonnance.

Une hormone parmi d’autres

Reste que vous serez peut-être déçu par les effets ressentis à la suite de l’administration de l’hormone. En effet, si la DHEA semble améliorer la libido et permettre de prévenir la perte osseuse liée à l’ostéoporose, ses effets sont d’ampleur assez limités et ont surtout été observés chez les femmes les plus âgées. Rien ne prouve donc que sa prescription puisse supplanter celle d’autres hormones qui agissent elles aussi contre le vieillissement comme les estrogènes et les progestatifs proposés aux femmes dès la ménopause.
Des points à éclaircir
En réalité, il faut raison garder. La DHEA est certainement une molécule intéressante, mais ses effets dans la prévention du vieillissement doivent encore être étudiés précisément de même que sa tolérance au long cours qui reste mal appréciée. L’étude DHEâge se poursuit d’ailleurs en ce moment chez 235 des 280 volontaires et l’on devrait rapidement mieux connaître son impact sur la prévention de la perte osseuse et les fonctions cérébrales (dépression, mémoire). Une seconde étude devrait également être menée afin d’apprécier son action chez les personnes de plus de 80 ans. Enfin, certains gynécologues espèrent mettre en place des travaux afin de préciser si la DHEA pourrait être utilisée en remplacement ou en relais du traitement hormonal classique de la ménopause.

Des crèmes à la DHEA

Pour l’instant, c’est dans le domaine du vieillissement cutané que la DHEA semble avoir trouvé ses premières applications en France. L’étude DHEâge avait révélé que l’hormone améliore les qualités de la peau en augmentant son hydratation. Cette constatation a débouché sur l’achat par L’Oréal d’un brevet d’application à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, responsable de l’étude DHEâge. La firme désire utiliser la DHEA pour produire des cosmétiques. Cependant, ce sont en fait les Laboratoires Mayolis Spindler qui ont pris les devants. Depuis quelques mois, ils proposent en effet aux femmes un nouveau soin du jour. Ce produit était semble-t-il déjà prêt “dans les cartons” de la firme depuis 2 ans. Mais, le bruit fait autour de la DHEA en a accéléré la commercialisation.

Charles Decock 29/10/2010

Contributions :
Proc. Natl. Acad. Sci.
USA. New England Journal of Medicine.
Conseil National de l'Ordre des Médecins.
l'AFSSAPS.
Bulletin de l'ordre des pharmaciens.